Le baptistère
du XII ème
siècle.
A Mauriac, lorque nous franchissons
le grand porche de la basilique, le baptistère se
trouve à l'entrée, sur la droite . La cuve
hémisphérique en trachite est imposante, elle mesure
sans son socle 0,58 m de hauteur et 1,18 m de diamètre. Elle est
posée sur un pilier central qui tient lieu de socle. Nous
sommes là dans le symbolisme universel de la colonne vu comme
l'axe du monde. Et la cuve comme symbole de
régénération.
Sur le pourtour extérieur de la cuve, on peut admirer un
déroulé de douze arcatures sculptées, exprimant
des réalités de la foi chrétienne et, deux
arcatures qui ont trait au
sculpteur et à son travail.
On remarque une polychromie sur ces arcatures, polychromie qui daterait
du début du siècle . Pierre MOULIER qualifie
l'auteur de "barbouilleur moderne qui n'a pas
bien compris ce à quoi il avait à faire " cf.
Eglises romanes de Haute-Auvergne I- Le Mauriacois p.63. Editions
Créer . Je ne serai pas aussi affirmative. En effet, des
traces de polychromie même très discrètes ont pu subsister et servir d'indicateur de couleur pour le peintre, d'autant plus que des traces de polychromie sont repérables sur le
porche, aussi cette lecture du baptistère prendra en compte
les couleurs.
Arcature
1:
Nous voyons un personnage assis sur
un trône . Tel
un maître qui enseigne, il a la main droite et deux doigts
levés et tient un livre dans la main gauche . Nous avons
là une
représentation du Christ en majesté, glorieux,
vainqueur de la mort . Ce qui nous permet de l’identifier, c'est
l'auréole dorée en forme de cercle qui nimbe sa
tête,
elle renvoie au plus important des symboles cosmiques , le soleil. Le
Christ est comparé au soleil, il est le soleil invaincu, et la
croix contenue dans l'auréole rappelle qu'il est mort sur
une croix et qu'il a vaincu la mort. Il est revêtu d’un
manteau rouge, cf. récit de la Passion en St Marc 15,17. La pourpre évoque le sang versé, mais aussi la
royauté. Quant au livre, il rappelle le message des
évangiles.
Arcature
2 :
L'agneau sculpté dans un
cercle au pourtour
torsadé, a la tête nimbée d’une auréole
dorée mais non crucifère puisqu'il porte la croix. Le
cercle exprime le céleste. Cette image de pierre renvoie au
récit de la pâque juive, à l'agneau pascal
immolé
en sacrifice. Le rituel juif veut que l'agneau soit saigné,
ainsi en fut-il du Christ par le coup de lance qu'il a reçu. cf
Jean19,36.
1 et 2
forment un ensemble qui traduit le coeur de la foi chrétienne,
à savoir: le Christ a vaincu la mort, il est ressuscité,
il est vivant. C'est cette foi que doivent professer ceux qui
s'approchent du baptistère pour recevoir le baptême.
Arcature 3 et 4
Dans
l'arcature 3, nous
avons un personnage qui vit dans la lumière divine puisque sa
tête est auréolée. Ses ailes l'identifient comme
ange ou messager. Ses bras sont tendus en avant de son corps
tourné
vers la gauche. L'arcature 4 va nous permettre de l'identifier.
Dans
l'arcature 4, d'une grande cuve émergent trois
têtes
nimbées. Cette cuve contient un brasier, d'où
s'elèvent des flammes symbolisées par les entrelacs
verticaux, à la différence des entrelacs horizontaux
qui évoquent l'eau (cf arcature 6). De plus le fond de
polychromie rouge même s'il est tardif, reste en cohérence
avec la lecture de cette arcature. Le sculpteur a voulu
représenter
les trois enfants qui, sous le règne de Nabuchodonosor, roi de
Babylone, ont refusé d'adorer une statue en or
élevée
par le roi. Ce dernier les fit jeter dans une fournaise, mais le feu
ne toucha pas les enfants qui chantaient les louanges de Dieu. cf.
Livre de Daniel ch.3.
« L'épisode
des trois Hébreux, préfiguration du salut
chrétien,
a connu une immense vogue dans l'art roman; il en fut de même
pour Daniel dans la fosse aux lions,
et pour les mêmes raisons. C'est le même mystère du
salut qu'on y voyait à juste titre, préfiguré.
L'iconographie les mettait volontiers en parallèle. »
in « Le monde des symboles » p.232
édit°
Zodiaque
Dans l'arcature 3 c'est donc l'ange dont parle le livre de Daniel,
qui se situe en avant de la fournaise pour protéger les
enfants.
Arcature
5
Ce personnage habillé d'une
tunique à parements
horizontaux, est revêtu d'une cape. Sa tête s'inscrit dans
une auréole ce qui nous permet d'affirmer qu'il est dans la
mouvance de la sainteté. Un indice spécifique,
l'épée, nous permet de l'identifier comme chevalier. De
même que le
chevalier est adoubé pour le service du seigneur, ainsi en
sera-t-il de celui qui va recevoir le baptême il sera fait
chevalier du Christ. Saint Paul dans sa lettre aux chrétiens
d'Ephése, les engage à « revêtir
l'armure de Dieu pour être en état de tenir face aux
manoeuvres du diable ».
Arcature
6
Deux personnages occupent l'arcature.
Des entrelacs horizontaux avec
un fond de polychromie bleu pâle différent du bleu
soutenu du ciel, nous indiquent que ces personnages sont
immergés
jusqu'à la taille dans un cours d'eau vive. Ici point de cuve ! Le personnage de droite est habillé et revêtu d'une
cape rejetée en arrière sur les épaules pour
faciliter ses gestes. Sa tête est auréolée, son
bras droit est tendu à proximité du personnage de
gauche, sa main gauche a deux doigts levés comme pour indiquer
la direction du ciel.
Le personnage de gauche a la tête nimbée d'une
auréole
crucifère, il est torse nu et un oiseau, toutes ailes
déployées, vient d'en-haut et se dirige sur lui.
L'oiseau est un signe d'ordre spirituel, par sa
légèreté,
sa facilité à se déplacer, aussi, la symbolique
chrétienne l'utilise pour parler de l'Esprit-Saint. Ici, la
sculpture traduit dans la pierre le baptême de Jésus
par Jean le Baptiste tel que le rapporte l'évangile de St
Matthieu: «... et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme
une colombe et venir sur lui. Et voici qu'une voix venant des cieux
disait: « Celui-ci est mon Fils
bien-aimé ». »
Arcature
7
Un personnage pourvu de deux grandes
ailes, tête auréolée
se tient debout, les deux pieds nus, posés sur la queue d'un
dragon ailé. Il présente au dragon la croix qu'il tient
dans sa main gauche tandis que de la main droite il perfore la
gueule du dragon avec une longue lance.
Le premier personnage avec auréole et ailes est un ange. Le
dragon ailé sans auréole est un ange déchu, un
démon. Il est symbole du mal. Grâce à la force
que Dieu lui donne, le juste peut fouler aux pieds le dragon cf. Ps
91,13. et l'iconographie au cours des siècles a ainsi
représenté saint Michel vainqueur du combat contre le
mal. Nous pouvons voir ce combat de St Michel sur les fresques de
Jaleyrac. La représentation de saint Michel dans cette
arcature rappelle au baptisé qu'il aura à mener le
combat contre le mal.
Arcature
8
Dans la partie supérieure de
l'arcature une croix de Malte à
quatre branches égales, qui s'élargissent aux
extrémités, elle est ornée d'un cercle
d'entrelacs dorés qui lui-même s'inscrit dans un cercle
qui rappelle celui de l'agneau pascal. Elle se situe dans la partie
supérieure de l'arcature. Le fond rouge rappelle le sang du
Christ versé sur la croix. Au-dessus des piliers de
l'arcature, de part et d'autre, on note une sculpture de palmettes
losangées qui encadrent la croix et la mettent en valeur.
Arcature
9, 10, 11,12
Ici commence une séquence d'un
ensemble de quatre arcatures
sur fond bleu, couleur qui exprime la transcendance et l'infini,
où
figurent un aigle, un homme, un lion, un taureau. Tous ont la
tête
auréolée et portent des ailes déployées.
Ces emblêmes s'inspirent de la vision du prophète
Ezéchiel qui décrit quatre
« Vivants »
soutenant le trône de Dieu. Ce même tétramorphe
est décrit par saint Jean dans l'Apocalypse 4,7
alors qu'il est en exil sur l'ile de Patmos. Il voit les
quatre « Vivants » louant sans fin le
créateur. « Le premier Vivant est comme un
lion; le deuxième Vivant est comme un jeune taureau, le
troisième Vivant a comme un visage d'homme; le quatrième
Vivant est comme un aigle en plein vol . »Ap 4,1-11
Dés les premiers siècles du christianisme ces
quatre symboles ont été perçus comme des
éveilleurs de lumière intérieure et
associés
aux évangélistes.
- Arcature 9
L' aigle, considéré comme le roi des oiseaux, est le
seul qui puisse fixer le soleil sans se brûler les yeux. La
puissance de son vol le mène vers les sommets. Sa vue
perçante est signe de vision intérieure, c'est
pourquoi, dans l'imagerie traditionnelle il est la figure symbolique
de l'évangéliste saint Jean qui dès le
début
de son évangile, nous place face au Verbe,
« lumière
véritable qui éclaire tout homme ».
- Arcature 10
Un homme, sa main gauche tient un livre, sa main droite est
levée. Il est lié à Matthieu car le premier chapitre de
l'évangile de Matthieu contient la généalogie du
Christ. Cette succession d'êtres permet de l'associer au
symbole de l'homme.
Le signe de Matthieu désigne l'incarnation. »
-
Arcade
11
Dans les différentes civilisations, le lion roi des animaux
est symbole de force et de la puissance de vie qui est en chacun de
nous. Il a été rapproché de Marc car au
début
de son évangile, Marc évoque la prédication de
Jean-Baptiste. « La voix de celui qui crie dans le
désert » a été assimilée au
rugissement du lion.
-
Arcade
12
L'image du taureau renvoie à une force de vie primordiale,
elle évoque l'idée de fougue et de puissance
irrésistibles. Luc est lié au symbole du taureau car il
débute son évangile par le sacrifice du prêtre
Zacharie au temple.
Chez les Hébreux, offrir en holocauste un taureau était
un acte religieux qui rendait l'animal sacré. Cet aspect a
fait que l'on a rapproché le Christ du symbole. Grégoire
le Grand (540-604) écrit que ce dernier est devenu taureau par
sa passion. Cette notion de sacrifice est symbolique du chemin que
l'homme aura à suivre pour s'accomplir.
Pour saint Grégoire
(540-604), les animaux du tétramorphe évoquent les
attributs du Christ qui est homme par son incarnation, taureau par sa
mort, lion par sa résurrection et aigle par son
ascension.... Ils ouvrent au mystère de Dieu .
Nous pouvons retrouver des tétramorphes en observant les
fresques de Jaleyrac, de Sauvat, et au Vigean une parcelle de
fresque restaurée nous donne à voir l'homme et le lion
associés à Matthieu et Marc.
Ainsi, le baptisé
trouvera dans la lecture des évangiles de Jean , Matthieu,
Marc et Luc, la nourriture spirituelle qui lui indiquera comment vivre
en disciple du Christ.
Arcature 13
Cette arcature est plus étroite, néanmoins le
sculpteur a souhaité montrer les outils qui lui ont permis de
faire oeuvre d'initiation en faisant parler la pierre. La panoplie
est organisée de manière symètrique: un
marteau placé au centre de la partie supérieure de
l'arcature et quatre ciseaux semblables, et disposés deux par
deux de part et d'autre du manche du marteau dans sa partie
inférieure.
Arcature 14
La place est restreinte, néanmoins, on peut regarder cet
homme revêtu de son tablier, qui nous présente ses
outils, marteau levé de la main droite et renversé sur
l'épaule, lourd ciseau tenu de la main gauche et
disproportionné par rapport à la taille du marteau. Il
n'a ni auréole, ni ailes, il est tout ordinaire. Il vient d'
accomplir de la belle ouvrage et semble se tenir prêt pour un
autre chantier.
Jacqueline PAGE
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